Alors que la rentrée nous invite à reprendre nos habitudes, nos engagements et le rythme parfois intense du quotidien, nous avons choisi cette fois-ci d’aller à la rencontre de Pauline Wald.
Psychologue, marcheuse, auteure et réalisatrice, elle a vécu l’expérience du chemin de Compostelle comme un véritable chemin intérieur, marqué notamment par un retour à la foi.
Pauline a accepté de répondre à quelques questions pour partager avec nous ce que la marche, le silence et le chemin ont changé dans sa vie.
· Pauline, qu’est-ce qui t’a poussée un jour à quitter une vie “bien tracée” pour partir marcher vers Compostelle ?
Je ne me sentais plus à ma place dans ma vie. Sur le papier, tout allait bien : j'avais fait une école de commerce, j'avais un emploi stable dans un groupe bancaire à Paris, un appartement. Mais au fond, j’avais l'impression de vivre une vie qui ne me ressemblait pas.
Un jour, j'ai rencontré une femme qui m’a dit cette phrase à propos du chemin de Compostelle : « Il y a une magie sur ce chemin. » Elle est restée dans un coin de ma tête. Quelques années plus tard, j'ai quitté mon travail, rendu mon appartement et je suis partie de ma maison natale en Alsace, sac sur le dos. J'avais besoin de ralentir, de retrouver du sens, de me reconnecter à la nature, aux autres et à moi-même.
· Avant le départ, avais-tu le sentiment de chercher quelque chose… ou plutôt de fuir quelque chose ?
Je crois qu'il y avait un peu des deux. Je cherchais davantage de cohérence entre la personne que j'étais profondément et la vie que je menais. J'avais besoin d'espace pour entendre ma propre voix, loin du bruit, des attentes et du rythme effréné de notre société.
Mais il serait faux de dire que je ne fuyais pas. Je quittais aussi un quotidien qui m'épuisait et dans lequel je ne me reconnaissais plus. Je fuyais cette vie, pour me rapprocher de qui j’étais vraiment.
· Sur le chemin, qu’as-tu découvert de plus fort : les paysages, les rencontres… ou toi-même ?
Les trois sont intimement liés. Les paysages m'ont émerveillée. Les rencontres m'ont profondément touchée. Mais ce que le chemin m'a surtout permis de découvrir, c'est une partie de moi que je n'entendais plus.
Quand on marche seule pendant des semaines, sans distraction, on ne peut plus vraiment se fuir. On rencontre ses peurs, ses doutes, ses limites, mais aussi ses ressources. J'ai appris à écouter davantage mon corps, mon intuition et mon propre rythme.
· Y a-t-il eu un moment précis pendant ta marche qui t’a profondément bouleversée ou transformée ?
Il n'y a pas eu un seul grand moment, mais plutôt une multitude de petits moments dont je parle dans mon livre Marcher vers son essentiel et mon film Chemins de Vie.
Je pense à toutes ces fois où je me suis retrouvée seule face à une difficulté : perdue dans une forêt alors que la nuit tombait, découragée par la douleur physique, ou traversée par des émotions désagréables. C’est souvent dans les moments de difficultés qu’une main tendue apparaissait pour m’aider. Une belle rencontre qui me donne la force de continuer à marcher, un automobiliste qui s’arrête à ma hauteur pour m’amener à la prochaine étape. Ces moments m'ont appris à faire davantage confiance en la Vie et en l’être humain.
· Beaucoup de personnes parlent de Compostelle comme d’un chemin spirituel. Qu’est-ce que cela signifie pour toi aujourd’hui ?
Pour moi, la spiritualité est avant tout une manière d'être en relation avec la vie.
Le chemin m'a appris à faire davantage confiance, à lâcher un peu le besoin de tout contrôler et à m'ouvrir à ce qui se présente. J’ai aussi appris à m’émerveiller à nouveau de la beauté, en ressentant de la gratitude pour une conversation, un lever de soleil, un geste de générosité ou simplement dans le fait de marcher en silence. Aujourd'hui encore, j'essaie de cultiver cette qualité de présence et cette conscience du sacré, que le chemin m'a enseignée.
· Compostelle semble avoir été un chemin intérieur et spirituel. Quel regard portais-tu alors sur la foi, et en quoi cette expérience la-t-elle transformée ou nourrie ?
J’ai fait tous les sacrements de la religion chrétienne : communion, profession de foi et confirmation. Je n’étais pas spécialement intéressée par la Bible, mais dès mon plus jeune âge, je me questionnais sur le sens de la vie, et j’ai longtemps cherché des réponses dans le christianisme. Puis j’ai laissé la religion de côté au début de mon adolescence.
Sur le chemin, ma foi a refait surface. Au fil des kilomètres, je me suis sentie aidée et moins seule. La Vierge Marie a pris une place particulière sur mon chemin. En effet, dans un moment de découragement, une femme m’a offert la médaille miraculeuse et je me suis réellement sentie accompagnée… Je continue de m’adresser à la Vierge Marie dans des moments difficiles et cela m’aide énormément. Je me sens beaucoup plus croyante depuis le chemin de Compostelle.
· Dans un monde où tout va vite, que nous apprend selon toi la marche ?
La marche nous rappelle que nous sommes des êtres vivants avant d'être des machines à produire. Elle nous enseigne la patience, l'humilité et la simplicité. Sur un chemin de plusieurs centaines ou milliers de kilomètres, on ne peut pas aller plus vite que ses jambes. On avance un pas après l'autre. On doit écouter son rythme et ses limites.
Cette expérience m'a beaucoup appris sur la puissance des petits pas. Quand j'ai regardé les 2 000 kilomètres qui m'attendaient, cela me semblait impossible. Mais en me concentrant sur les vingt kilomètres du jour, cela devenait réalisable. Je crois que cette leçon s'applique à tous les projets de vie.
· Aujourd’hui, entre ton expérience du chemin, l’écriture, les rencontres et tout ce que tu transmets désormais, quel regard portes-tu sur nos vies souvent très remplies ?
Je crois que beaucoup d'entre nous sommes fatigués. Nous avons accès à une quantité immense d'informations, de méthodes, de conseils, d'injonctions.
Aujourd’hui, j’apprends à revenir vers davantage de simplicité. J'essaie de me demander ce qui est vraiment essentiel pour moi aujourd'hui, plutôt que ce que je devrais faire.
Je ne pense pas que le bonheur se trouve dans une vie qui est forcément très remplie. Je crois qu'il se trouve davantage dans notre capacité à être présents à ce que nous vivons, et cela implique de s’offrir des moments plus calmes et libres.
· Si tu avais une invitation simple à nous adresser pour cette rentrée quelle serait-elle ?
Je vous inviterais à ralentir suffisamment pour vous écouter.
Pas forcément en partant plusieurs mois sur un chemin de pèlerinage. Parfois, une promenade en forêt, quelques minutes de silence, une page écrite dans un carnet peuvent déjà changer beaucoup de choses.
Et surtout, je vous inviterais à faire confiance aux petits pas. Nous n'avons pas besoin de transformer toute notre vie du jour au lendemain. Ce qui compte est de faire chaque jour un petit pas, vers son essentiel.
---- Dans nos derniers échanges, Pauline m'informait qu'elle marcherait de nouveau sur le chemin de fin aout à mi octobre. Nous lui souhaitons un "buen camino"